Formation continuée

Enseignement secondaire et supérieur pour adultes

Enseignement de la Ville de Liège


L'enquête PISA 2000 de l'O.C.D.E.


En lecture, en mathématiques et en sciences, les élèves de 15 ans de la Communauté française Wallonie-Bruxelles se situent nettement sous la moyenne de ceux des autres pays de l'OCDE. Et ils sont nettement distancés par leurs condisciples de Flandre.

L'enquête PISA a été menée dans des écoles secondaires de 32 pays au printemps 2000, elle a concerné 25000 éléves de 15 ans. En Wallonie et à Bruxelles, près de 3000 élèves de 15 ans, de tous les réseaux d'enseignement et du général au professionnel, ont été testés, dans les trois matières précitées. Le critère était l'âge des élèves et non leur année d'étude.

L'enquête a davantage porté sur la maîtrise de compétences que sur l'acquisition de savoirs et de contenus scolaires.

ECHELLE DE COMPETENCES
Lecture Mathématiques Sciences
Pays Moyenne Pays Moyenne Pays Moyenne
Finlande 546 Japon 557 Corée du Sud 552
Canada 534 Corée du Sud 547 Japon 550
Belgique (Com. Flamande) 532 Belgique (Com. Flamande) 543 Finlande 538
Nouvelle-Zélande 529 Nouvelle-Zélande 537 Royaume-Uni 532
Australie 528 Finlande 536 Canada 529
Irlande 527 Australie 533 Nouvelle-Zélande 528
Corée du Sud 525 Canada 533 Australie 528
Royaume-Uni 523 Suisse 529 Belgique (Com. Flamande) 519
Japon 522 Royaume-Uni 529 Autriche 519
Suède 516 France 517 Irlande 513
Autriche 507 Autriche 515 Suède 512
Islande 507 Danemark 514 Tchéquie 511
Norvège 505 Islande 514 France 500
France 505 Lichtenstein (1) 514 Norvège 500
Etats-Unis 504 Suède 510 Moyenne des pays OCDE 500
Moyenne des pays OCDE 500 Irlande 503 Etats-Unis 499
Danemark 497 Moyenne des pays OCDE 500 Hongrie 496
Suisse 494 Norvège 499 Islande 496
Espagne 493 Tchéquie 498 Suisse 496
Tchéquie 492 Etats-Unis 493 Espagne 491
Italie 487 Belgique (Com. Française) 491 Allemagne 487
Allemagne 484 Allemagne 490 Pologne 483
Lichtenstein(1) 483 Hongrie 488 Danemark 481
Hongrie 480 Russie(1) 478 Italie 478
Pologne 479 Espagne 476 Lichtenstein(1) 476
Belgique (Com. Française) 476 Pologne 470 Belgique (Com. Française) 467
Grèce 474 Lettonie 463 Grèce 461
Portugal 470 Italie 457 Russie (1) 460
Russie (1) 462 Portugal 454 Lettonie (1) 460
Lettonie (1) 458 Grèce 447 Portugal 459
Luxembourg 441 Luxembourg 446 Luxembourg 443
Mexique 422 Mexique 387 Mexique 422
Brésil(1) 396 Brésil(1) 334 Brésil(1) 375
Maîtrise des compétences

L'enquête a délaissé la lecture "au mot à mot" pour la capacité de réflexion sur un texte donné: du niveau 1, le plus élémentaire, au niveau 5, le plus sophistiqué. Alors que la moyenne OCDE pour le niveau 5 est de 9,5% d'élèves, elle est de 7,5% en Communauté française et de 15,6 en Flandre. Quant au niveau 1, les scores sont respectivement de 11,9% dans l'OCDE, de 15,9% en Communauté française et de 7,6% en Flandre.

En mathématiques également, nos performances se situent sous la moyenne OCDE. Mais c'est en sciences que les jeunes francophones affichent la plus mauvaise cote relative et que la différence avec les élèves du nord du pays est la plus marquée. En 1991, une enquête internationale révélait déjà les lacunes de nos jeunes en lecture. En 1995, une autre étude constatait nos faiblesses en sciences.

A propos des performances scolaires médiocres en Communauté française

Pour le Ministre Hazette

Quant à la Ministre Françoise Dupuis, elle met en évidence:

Résultats pour certaines catégories d'élèves en Communauté française, rapportés à l'échelle internationale en lecture

Pays Moyenne Résultats en Communauté française selon les catégories d'élèves
Finlande 546
536 = score des élèves venant des 25 % de familles les plus privilégiées sur le plan socio-économique
Canada 534
Belgique (Com. Flamande) 532
Nouvelle-Zélande 529
Australie 528
Irlande 527
Corée du Sud 525
Royaume-Uni 523
Japon 522
520 = score des élèves du 2e degré de l'enseignement général ou technique
Suède 516
Autriche 507
Islande 507
Norvège 505
France 505
Etats-Unis 504
Moyenne des pays OCDE 500
Danemark 497
495 = score des élèves "natifs" de Belgique
Suisse 494
Espagne 493
Tchéquie 492
Italie 487
Allemagne 484
Lichtenstein(1) 483
Hongrie 480
Pologne 479
Belgique (Com. Française) 476
Grèce 474
Portugal 470
Russie(1) 462
Lettonie (1) 458
Luxembourg 441
Mexique 422
416 = score des élèves de 3e, en retard d'un an
414 = score des élèves nés en Belgique, mais dont les parents sont nés à l'étranger
412 = score des élèves venant des 25 % de familles les moins privilégiées sur le plan socio-économique
406 = score des élèves nés à l'étranger
Brésil(1) 396
372 = score des élèves du 2e degré de l'enseignement professionnel
363 = score des élèves du 1er degré commun
343 = score des élèves de 2e (en retard de deux ans)
305 = score des élèves de 1ère B ou de 2e profes
Constatations

Si les résultats sont globalement médiocres pour la Communauté française, qui se situe en dessous de la moyenne des pays de l'OCDE, l'analyse révèle de grandes différences selon les catégories d'élèves.

Ces différences sont caractéristiques d'une école favorisant les élèves des milieux culturels et socio-économiques privilégiés (école duale).

Les résultats inférieurs à ceux des pays de l'OCDE sont obtenus par les élèves socio-culturellement défavorisés:

Le redoublement

Notre système est marqué par le redoublement.

Ainsi, en Communauté française, sur 3000 élèves concernés par l'enquête PISA, 57 % seulement n'avaient pas doublé, tandis qu'en Flandre, ils étaient 73 %.

Il en était de même fin des années 80: le pourcentage des retards scolaires dus au redoublement était beaucoup plus faible en Flandre quêen Communauté française. Ainsi, fin du primaire, les retards scolaires frappaient 12,5 % des élèves en Communauté flamande, tandis quêils affectaient 26,7 % des élèves en Communauté française.

Cette différence augmentait encore en fin de 1ère année du secondaire, puisquêen 86-87, 46 % des élèves en Communauté française subissaient un retard scolaire, tandis quêils étaient 21,6% en Communauté flamande.(2)

Diverses façons de gérer le parcours scolaire

En Communauté française Wallonie-Bruxelles, comme dans certains autres pays, le doublement d'une année scolaire est considéré par les enseignants comme une procédure pédagogique positive à lêégard des élèves en difficulté. Jusquêen lêan 2000, ce système a été appliqué dans l'enseignement primaire fondamental. Il a donc été " subi " par nos adolescents de 15 ans testés par l'OCDE.

Dans d'autres pays, le passage de classe est automatique.

Entre ces deux systèmes, on trouve celui des examens de passage par cycle de 2 ou 3 années.

Le très mauvais score des élèves de nos écoles en Communauté française, qui ont doublé une ou plusieurs fois avant l'âge de 15 ans, démontre que le doublement de classe n'est pas efficace pour gérer les difficultés scolaires.

On constate que les pays de la Communauté européenne qui devancent la Communauté française Wallonie-Bruxelles dans le classement de l'OCDE ont adopté le système de la promotion automatique ou au moins le passage par cycle au niveau de l'enseignement primaire et secondaire inférieur.

En organisant une continuité éducative tout au long de la scolarité obligatoire, sans rupture entre le niveau primaire et secondaire inférieur, et en instaurant la promotion automatique, les pays scandinaves, le Royaume Uni, lêIrlande ont évité les effets négatifs de l'échec scolaire et la relégation dêune majorité de jeunes issus des milieux socio-culturels défavorisés vers une filière professionnelle.

Dès la première année de l'enseignement secondaire, les élèves en retard sont majoritaires dans les filières: technique (65,39%) et professionnelle (76,10%) (3). En année terminale, une majorité d'élèves de l'enseignement général sont toujours à l'heure (61,91 %). En technique et professionnelle, ils ne sont qu'une très faible minorité dans ce cas (respectivement 20,55% et 12,56%); plus de la moitié d'entre eux (respectivement 50,08% et 57,04%) ont deux ans ou plus de retard. Impossible face à pareilles données de soutenir que les élèves choisissent ces orientations.

L'enseignement secondaire s'est dualisé. On y repère une filière noble d'enseignement général dans laquelle les élèves connaissent moins de retard scolaire.

Quant aux filières technique et professionnelle, elles semblent réservées aux élèves qui ont doublé au moins une fois. Ce phénomène ancien n'a fait que s'aggraver avec les années.

Enseignement et condition sociale (4)

Pour " mesurer " la réussite ou l'échec scolaires, on se contente trop souvent du seul critère du redoublement. Pourtant, le nombre d'années redoublées et le retard scolaire ne révèlent qu'une partie de la réalité de l'échec. Celui-ci peut en effet également se traduire par des réorientations (éventuellement sans redoublement).

Dès le premier degré de l'enseignement secondaire, le caractère social de la sélection scolaire est patent. 30% des enfants d'ouvriers non qualifiés sont déjà orientés vers la 1ère accueil ou la 2ème professionnelle, contre 2% seulement des enfants de cadres. Ce phénomène se renforce d'année en année.

Au troisième degré enfin, 6% seulement des enfants d'ouvriers non qualifiés sont encore scolarisés dans la filière "générale", alors que cela reste la norme pour les classes privilégiées. De manière générale, on observe une sur-représentation des classes populaires dans les filières techniques et professionnelles et une sous-représentation dans les filières générales.

Pourcentage d'enfants en retard scolaire, selon la profession du père en fin d'études primaires (5)

Ouvrier non-qualifié20 %
Ouvrier qualifié14 %
Employé12 %
Indépendant11 %
Cadre10 %
Profession libérale6 %

L'évolution, année par année, montre que l'inégalité sociale devant la réussite scolaire se traduit de moins en moins par une inégalité dans le redoublement (bien que celle-ci reste toujours présente) et de plus en plus par une inégalité dans l'orientation des élèves.

Exemple: en fin du secondaire (5)

Enseignement professionnel
Ouvrier non-qualifié51 %
Ouvrier qualifié42 %
Employé36 %
Indépendant37 %
Cadre20 %
Profession libérale19%

Dans les milieux populaires, l'échec est beaucoup plus souvent sanctionné par une réorientation vers l'enseignement professionnel ou technique.

Parcours scolaire et revenus (5)

Situation en 9e année d'études (début du 2e degré) selon les revenus mensuels du ménage

En retardEnseignement professionnel
- de 50.000 F41 %40 %
De 50 à 75.000 F40 %22 %
De 75 à 100.000 F37 %17 %
De 100 à 150.000 F35 %8 %
+ de 150.000 F22 %5 %

L'inégalité dans l'orientation vers l'enseignement professionnel est particulièrement flagrante. Dans la catégorie sociale la plus défavorisée, 40 % d'enfants sont en professionnelle, contre 5 % dans la catégorie supérieure.

Parcours scolaire et études des parents (5)

Situation en 9e année d'études (début du 2e degré) selon le diplôme du père

En retardEnseignement professionnel
Primaire49 %35 %
Secondaire inférieur37 %23 %
Secondaire supérieur35 %12 %
Supérieur non universitaire28 %4 %
Universitaire28 %11 %

Durant la seconde moitié du dix-neuvième siècle et la première moitié du vingtième, les compétences des ingénieurs, techniciens et ouvriers qualifiés de nos régions de la Communauté française ont été un des piliers du développement industriel en Belgique. Leurs savoir-faire techniques ont été exportés à l'étranger.

A cette époque, notre enseignement technique et professionnel était renommé.

Dans les années septante et surtout depuis la prolongation de l'obligation scolaire jusqu'à 18 ans, les sections techniques et professionnelles ont été dévalorisées.

Il est urgent que l'on remédie à cette situation.

retour

André Gillet




(1) Pays non membres de l'OCDE.

(2) Marcel CRAHAY. "Peut-on lutter contre l'échec scolaire ?", Bruxelles : De Boeck Université, 1996, p 35 - 36.

(3) Marcel Crahay, "Peut-on lutter contre l'échec scolaire ?", Bruxelles : De Boeck Université, 1996.

(4) D'aprés un exposé et un texte de Jules Jasselette, Echevin de l'Instruction publique de la Ville de Liége.

(5) Déterminants sociaux de la sélection et de l'échec scolaire, enquête menée en province du Hainaut par Nico HIRT et Jean-Pierre KERCKHOFS (1996).

Communauté française de Belgique Fond Social Européen Ville de Liège Région Wallonne